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Première rencontre bilatérale entre les présidents argentin et péruvien après seize ans de friction diplomatique
Intégration et relations internationales
Écrit par Ingrid Bernard   
Vendredi, 26 Mars 2010 11:35
ArgentinaPeruDimanche 21 mars 2010, la Présidente argentine, Cristina Kirchner, s’est rendue à Lima (Pérou) pour rencontrer son homologue, Alan García. Première rencontre entre des chefs d’État des deux pays en seize ans, cette visite cherchait à ensevelir officiellement le malaise diplomatique qui s’était instauré à la suite de la guerre du Cenapa. Éclaté en 1995, ce conflit opposa l’Équateur et le Pérou. Officiellement neutre, l’Argentine (sous la présidence de Carlos Menem), alliée traditionnelle du Pérou, saisit l’opportunité pour vendre des armes clandestinement à l’Équateur. Ce subterfuge allait à l’encontre non seulement de son alliance diplomatique historique avec le Pérou, mais aussi du protocole de Rio de Janeiro le 29 janvier 1942, qui engageait l’Équateur et l’Argentine, entre autres, à promulguer la paix et à respecter les frontières de 1936. Ce double jeu a plutôt mal fini, puisque l’affaire a été rendue publique en 1996. Depuis lors, le Pérou mit en gel les relations diplomatiques proches avec son voisin, refusant tout possible rencontre bilatérale.

Lors de cette rencontre plutôt chaleureuse, Cristina Kirchner a présenté ses excuses au président péruvien, afin de normaliser officiellement les relations. Alan García répondit qu’il soutenait les efforts argentins dans le but de renforcer l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) et affirma son engagement à réduire les ventes d’armes dans la région. Analysée à l’aune de la charte 2010 de l’UNASUR et de la déclaration de Cancún du 23 février 2010 (dont les articles 1, 3, 6, 7, 77-80 & 83 sont consacrés à des thématiques de défense et de sécurité), cette rencontre bilatérale permet au Pérou et à l’Argentine de s’attribuer mutuellement un bon point en vue de s’afficher comme les « pays preneurs d’initiatives » en matière d’intégration régionale, ainsi que, potentiellement, comme les premiers moteurs de la nouvelle communauté régionale : la Communauté des États latino-américains et caribéens. Est-il légitime d’envisager la prise d’initiative argentine comme un moyen de concurrencer le Brésil en matière de diplomatie régionale ? Ce serait peut-être trop dire. En revanche, il serait envisageable de croire que l’initiative argentine peut être perçue comme une démarche pour contourner l’intervention récurrente du Brésil dans le règlement des différends régionaux.

Néanmoins, il est certainement plus pertinent de se pencher sur l’agenda de l’UNASUR. Le 4 mai 2010, les pays membres de l’UNASUR se réuniront à Buenos Aires, Argentine, pour élire, à cette occasion, un nouveau Secrétaire Général (dont les fonctions sont définies à l’article 10 du Traité constitutif de l’UNASUR du 23 Mai 2008). La démarche de rapprochement entreprise par Cristina Kirchner envers le Pérou pourrait bien s’assimiler à une campagne en faveur de Nestor Kirchner. L’ancien Président argentin se présente, en effet, comme candidat au poste de Secrétaire Général de l’UNASUR (et ceci, depuis 2008). Le travail diplomatique réalisé depuis plus de deux ans en vue d’organiser cette rencontre bilatérale est un élément qui contribue à souligner l’importance de cette visite. Alors que l’ancien président uruguayen, Tabaré Vazquéz, avait manifesté son refus de voter pour Nestor Kirchner, le nouveau président, José Mujíca a clairement encouragé la candidature de l’ex-présidente chilienne, Michelle Bachelet depuis début mars. Cristina Kirchner a alors tout intérêt à recueillir le soutien du président péruvien Alan García en vue des élections du 4 Mai 2010.

En tout cas, sur un plan diplomatique tout autre, la visite de la Présidente fut plutôt fructueuse, puisque le Pérou a déclaré officiellement qu’il soutiendrait l’Argentine face au Royaume-Uni en ce qui concerne le différend portant sur les îles Malouines.

À noter, par ailleurs, que Cristina Kirchner n’est pas venue seule rencontrer son homologue péruvien. Accompagnée de 140 entrepreneurs qui participeront à plus de 700 tournées d’affaires au Pérou, Mme Kirchner a donné une tonalité hautement commerciale à cette rencontre. La présidente argentine a rappelé que les investissements argentins au Pérou s’élèvent aujourd’hui à plus de 3000 millions de dollars. Afin de fluidifier leurs flux commerciaux et de capitaux entre les deux pays, l’Argentine et le Pérou ont signé plusieurs accordsde coopération lors de cette rencontre et planifient de signer un traité d’alliance stratégique, ainsi que de créer une chambre entrepreneuriale binationale à l’avenir. Afin de convaincre, Mme Kirchner s’est adressée au Parlement péruvien, ainsi qu’à la municipalité de Lima, le lundi 22 mars 2010.

Il sera donc intéressant de se pencher à l’avenir sur les relations argentino-péruviennes : d’abord, au sein même des institutions régionales, pour savoir si un binôme durable peut se former au sein même de la communauté ; ensuite, sur le plan commercial, afin de voir si ces deux pays s’érigeront en moteurs du libre-échange au sein de l’UNASUR. Il faut savoir que les pays membres de l’organisation se sont fixés pour objectifs d’éliminer tous les tarifs douaniers sur les produits non-sensibles pour 2014 et 2019 en ce qui concerne les produits sensibles.

Bibliographie

Cordero, Jaime. Argentina hace las paces con Perú, El País. 23/03/2010.

Obarrio, Mariano. Gesto de la Presidenta a Perú, La Nación. 20/03/2010 & Cristina Kirchner y Alan García dieron por finalizado el conflicto por la venta ilegal de armas a Ecuador, La Nación. 22/03/2010.