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Première visite officielle d’Hillary Clinton au Brésil dans le contexte de la crise iranienne
Intégration et relations internationales
Écrit par Ingrid Bernard   
Samedi, 06 Mars 2010 20:11
ClintonLulaMercredi 3 mars 2010, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, s’est rendue à Brasília pour sa première visite officielle au Brésil. Parmi les thèmes discutés, le programme nucléaire iranien a été un point de discordance majeure : Lula a rejeté catégoriquement la demande de Mme Clinton, qui exhortait le Brésil à réclamer des sanctions contre l’Iran. Le Brésil a constitué la troisième étape de la ronde de Mme Clinton en Amérique Latine (du 28 février au 5 mars 2010), au cours de laquelle les États-Unis ont tenté d’approfondir les relations bilatérales avec les principaux pays latino-américains. Le Brésil a profité de la stratégie américaine de bilatéralisme afin d’évoquer les thèmes d’intérêt général pour la région, dans le but de marquer, une nouvelle fois, sa position de leader incontournable du sous-continent. La diplomatie brésilienne s’est ainsi empressée d’inscrire sur l’agenda de la réunion des thèmes tels que le programme nucléaire iranien, le changement climatique et les projets de développement pour Haïti.

Quant au différend à propos du programme nucléaire iranien, le président brésilien Luís Inácio Lula da Silva a clairement refusé d’adhérer à la position tenue par les États-Unis et leurs alliés européens. Alors que Mme Clinton exhortait le Brésil à réclamer des sanctions contre l’Iran, pays qui est soupçonné par l’Agence International de l’Énergie Atomique (AIEA) de vouloir développer le nucléaire à des fins non-pacifiques, Lula a déclaré « qu’il serait imprudent d’isoler l’Iran ». Il faut rappeler que le Brésil avait invité pour la première fois le Président iranien, Mahmoud Ahmadinedjad, à une réunion bilatérale sur son sol l’année dernière, le 23 novembre 2009. On peut noter par ailleurs que le Brésil avait été un des premiers pays à reconnaitre l’élection contestée du Président iranien en juin 2009. À l’occasion de la réunion bilatérale, le Brésil s’était proposé, auprès des États-Unis, de servir de médiateur pour les conflits situés dans la zone du Moyen-Orient. Les États-Unis avaient alors répondu par la négative (le sujet a été de nouveau abordé lors de la réunion).

La pression américaine qui pousse le Brésil à se rallier à sa position n’est pas sans lien avec l’occupation temporaire par le Brésil d’un siège au Conseil de Sécurité. Or, pour le Brésil, sa résistance se transforme en un instrument de légitimation pour appuyer son discours visant à réformer la composition du Conseil de Sécurité, sujet que Lula n’a pas hésité à évoquer lors de la réunion. La diplomatie brésilienne insiste depuis quelques années pour occuper un siège permanent au Conseil de Sécurité, afin que ce dernier soit plus à l’image de la nouvelle répartition des puissances diplomatiques mondiales. Ainsi, en marquant son indépendance vis-à-vis des États-Unis, le Brésil veut se rallier le soutien des pays « non-alignés », tels que la Russie et la Chine, lesquels appuieront peut-être la candidature du Brésil en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité.

Mme Clinton s’est également adressée au Congrès brésilien pour convaincre les présidents de la Chambre et du Sénat (membres de l’opposition) de se rallier aux États-Unis pour contrer « la prolifération des armes nucléaires » que promeut l’Iran, selon la secrétaire d’État. Les présidents des deux chambres, Michel Temer et José Sarney, se sont montrés particulièrement hostiles à la position de Mme Clinton : le premier a revendiqué le pacifisme brésilien, et le second a rappelé, non sans ironie, les propos prononcés par Mme Clinton lors d’un entretien privé, qui a avancé l’idée que l’Iran préméditait de devenir la puissance hégémonique du Moyen-Orient.

Si le Ministre brésilien des Affaires Étrangères, Celso Amorim, a voulu se montrer rassurant en portant aux nues l’ « excellente » qualité de la relation américano-brésilienne, il reste à connaître par quels subterfuges la diplomatie brésilienne réussira à faire du Brésil un interlocuteur privilégié des États-Unis, en s’érigeant en tant que représentant de l’Amérique Latine, sans pour autant vexer les voisins latino-américains, qui accuseront peut-être le Brésil de vouloir agir à tort en porte-fort du continent et de court-circuiter, par là même, le processus d’intégration régionale.

 

Bibliographie

Arias Juan & Torrijos, Gloria. “Clinton fracasa en lograr el apoyo de Brasil para nuevas sanciones a Irán” in : El País, 03/03/2010.

Falcao, Márcio & Guerreiro, Gabriela. “Lula diz que não é prudente "encostar o Irã na parede"” in : Folha de São Paulo, 03/03/2010.

Fernandes, Sofia. “Relação com Estados Unidos "está ótima", diz Amorim” in : Folha de São Paulo, 03/03/2010.

Guerreiro, Gabriela. “No Congresso, Hillary pede ajuda do Brasil contra armas nucleares” in : Folha de São Paulo, 03/03/2010.

Peixoto, Fabrícia. “Brasil leva agenda global para reunião com Hillary Clinton” in : Folha de São Paulo, 03/03/2010.