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Catastrophe. On ajoute à la misère, à la famine, à la déforestation et à la violence une punition de la nature de proportions dévastatrices. Scenario inconcevable, douleur incommensurable, affliction impotente. Deuil. Espoir ?
A esperança...
Dança na corda bamba De sombrinha E em cada passo Dessa linha Pode se machucar...
Mas sei, que uma dor Assim pungente Não há de ser inutilmente
João Bosco et Aldir Blanc, O bêbado e o equilibrista, 1979
Le tremblement de terre qui a frappé l'Haïti en ce début d'année étonne le monde, pas les haïtiens. Première nation indépendante des Amériques, la « république noir » s'est habituée à la souffrance depuis l'arrivée des colonisateurs sur ses côtes à la fin du XV siècle. Après l'extermination des populations natives par les maladies et les maltraitances des européens, des africains y sont amenés pour travailler comme esclaves dans les plantations de sucre, cacao et café. Au XVIII siècle, sous la domination française, Saint-Domingue est la colonie la plus prospère des Amériques. Cette richesse ne touche évidement pas la grande majorité des habitants. Ce fait, lié à l'influence des idéaux de la Révolution française, prépare la révolte dirigé par Toussaint Louverture, qui produit l'abolition de l'esclavage et l'indépendance du pays en 1804, après la défaite des troupes de Napoléon.
Les deux derniers siècles sont marqués par une succession de coups d'Etat et de périodes dictatoriales. Au début des années 2000, le pays était encore immergé dans une instabilité politique et économique qui condamne 80% de la population à la misère. Ce sont des otages d'une culture politique autoritaire où les élites se disputent incessamment sans arriver à construire des projets durables. La jeunesse n'envisage qu'une seule alternative : partir. Vu l'absence d'électricité dans les maisons pauvres, les enfants montent sur le toit dès les premières lumières matinales pour faire leurs devoirs, dans la perspective d'un jour arriver à partir à l'étranger grâce aux études. Ceux qui sont libres, bien sûr, puisque l'Haïti compte plus de 225 mil « restavecs », des enfants qui sont donnés par leurs parents aux familles moins pauvres, où ils peuvent être nourris en échange de services domestiques.
Dans ce contexte, la Mission des Nations unis pour la stabilisation en Haïti arrive au pays en 2004, après la déposition du président Jean-Bertrand Aristide et les insurrections qui ont suivis. La mission a pour but la pacification du pays et la création des conditions pour son développement politique, social et économique. Des élections législatives et présidentielles au suffrage universel sont organisées en 2006. Le pays rentre doucement dans une période de relative stabilité politique, malgré la situation sociale et économique qui ne s'améliore pas. L'objectif militaire est accompli, mais pour l'ONU reste le défi de l'aide au développement, encore très maigre par rapport aux besoins haïtiens.
Cependant, toujours souriants et bien habillés en vêtements minutieusement repassés aux couleurs vivantes, les Haïtiens ont espoir. Ou l'avaient jusqu'à présent. D'après Ricardo Seitenfus, représentant spécial de l'Organisation des États Américains (OEA) pour l'Haïti, « l'Etat recule de 15 ans après la plus grande injustice jamais commise contre une nation américaine ». Les élections législatives de la fin février n'auront pas lieu, les réformes constitutionnelles et institutionnelles prévus pour 2010 ne sont plus la priorité. Le chaos qui n'a jamais vraiment quitté Haïti depuis cinq siècles fait son entrée la plus triomphale sur une île de sang.
Où est-il écrit que quelques peuples sont condamnés à la souffrance tandis que d'autres ont le droit à la prospérité ? Il faut savoir défier ce « destin ». La réalité des pays sous-développés fait honte au monde, et les pays riches ne pourront pas connaître le vrai progrès tandis que cette situation perdure. La migration massive vers le nord n'est qu'une petite goute dans un océan d'inégalité dont les victimes ne sauront se sortir toutes seules. De la « communauté internationale », on attend qu'elle se tourne vers l'Haïti pour de bon : on sait qu'une douleur si âcre ne peut pas être inutile.
Clarissa Dri |