À la sortie des écoles à Montevideo et ailleurs dans le pays, les enfants portent tous soigneusement une mystérieuse « machine verte » ; il n'est d'ailleurs pas rare de les voir assis devant les portes de leurs maisons avec cet appareil qui ressemble à un petit ordinateur. C'est l'œuvre du plan Ceibal (Projet de Connectivité Éducative d'Informatique Basique pour l'Apprentissage en Ligne) mis en place sur deux ans et demi par le gouvernement de Tabaré Vázquez. Cette politique éducative ambitieuse vise à promouvoir un accès équitable à l'outil informatique et à la « connaissance globale » via Internet.
Il s'agit de la première mise en pratique à l'échelle mondiale d'un projet développé par l'informaticien et directeur du prestigieux MIT Media Lab, Nicholas Negroponte, avec sa fondation OLPC, One Laptop Per Child. Présentée au Forum Économique Mondial de Davos, en 2005, sa proposition vise à réduire la fracture numérique entre les pays du Nord et ceux du Sud en fournissant aux gouvernements des ordinateurs portables coûtant moins de 100 dollars, les XO. Ordinateurs que les gouvernements doivent ensuite redistribuer gratuitement à leurs élèves. Petits, résistants à l'eau et aux chocs, et rechargeables à l'aide d'un mécanisme naturel de manivelle, les caractéristiques des XO en font un outil de travail privilégié et indispensable dans les zones les plus reculées et défavorisées n'ayant pas accès à l'électricité. De plus, ces ordinateurs sont tous connectés entre eux et à Internet depuis n'importe quel lieu, si la couverture locale le permet.
Ce projet éducatif confirme la figure de proue de l'Uruguay en la matière. L'attention portée à l'éducation est une constante historique de ce pays, parmi les plus alphabétisés d'Amérique Latine. Selon les chiffres du Rapport de Développement Humain 2009 du PNUD, la population cubaine de 15 ans et plus est alphabétisée à 99.8% et celle uruguayenne à 97.9% en seconde position. Étant donné que la moitié des enfants uruguayens vivent sous le seuil de pauvreté, l'application du plan Ceibal peut être considérée comme un bond en avant : il permet non seulement la familiarisation de ces enfants défavorisés avec les NTIC mais également l'intégration de leur famille en leur fournissant l'accès à cet outil. Plus de 70% des élèves qui ont reçu la « machine verte » ne possédaient pas d'ordinateurs dans leur foyer.
La petite taille du pays et son faible nombre d'élèves (10 % de la population) en ont fait le lieu idéal pour tester l'efficacité de cette initiative, qui n'a représenté que 5 % du budget de l'Éducation Nationale. La réussite est totale. De mai 2007, dans le département de Florida, au 13 octobre dernier, dans une école de Montevideo, près de 380 000 ordinateurs ont été remis aux élèves de 2332 écoles. Leurs 16 000 professeurs n'ont pas été en reste et ont aussi reçu leurs propres XO, ainsi qu'une formation à cette nouvelle approche pédagogique.
Le plan Ceibal a également su intégrer différents secteurs économiques du pays, comme la compagnie de télécommunication ANTEL qui a remodelé l'infrastructure technologique nationale afin de pourvoir le territoire de réseaux Internet.
Il est indubitable que l'achèvement du plan Ceibal fut l'une des grandes réalisations du gouvernement frenteamplista de Tabaré Vázquez, premier Président uruguayen à terminer son mandat sur un tel degré de popularité et à l'avoir même augmenté durant ses années de gouvernement - 71% de soutien en novembre 2009 contre 61 % en janvier de la même année. La remise du dernier ordinateur mi-octobre, à une semaine du premier tour des élections présidentielles, a également été une manœuvre politique stratégique pour mettre l'accent sur les réalisations sociales du parti du Frente Amplio. Le succès de cette expérience est susceptible de pousser d'autres pays à se lancer dans des projets informatiques et éducatifs similaires.
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