|
Le Président équatorien, Rafael Correa, a regagné l'Equateur le 30 octobre 2009, après s'être rendu à Moscou. Il s'agit de la première visite réalisée par un chef d'Etat équatorien en Russie. Signe de rapprochement entre les deux pays, cette rencontre bilatérale entre Rafeal Correa et le Président russe, Dmitri Medvédev, a abouti à la signature, le 29 octobre 2009, d'une série d'accords (sept, au total):
- une déclaration d'association stratégique qui prévoit d'intensifier les échanges dans les domaines commercial, économique, éducatif, technique et culturel.
- un accord de coopération dans le domaine de l'énergie nucléaire à des fins civiles ;
- un mémorandum consacrant une coopération renforcée dans le secteur énergétique (notamment dans le secteur hydro-électrique) ;
- une déclaration d'intentions concernant le développement des technologies dans le domaine de la téléphonie mobile de quatrième génération WiMAX ;
- une convention intergouvernementale d'assistance douanière ;
- un accord de jumelage entre les villes de Vladivostok et Manta ;
- un contrat de vente de deux hélicoptères de transport Mi-17 destinés aux Forces Armées équatoriennes.
Ces accords représentent une nouvelle avancée de la Russie sur l'échiquier géopolitique latino-américain. Ils s'insèrent dans une politique globale de réaffirmation du pays dans la scène internationale suite à vingt ans d'effacement relatif causé par l'éclatement du bloc soviétique en 1989. L'Amérique Latine représente un terrain fertile pour la Russie dans le sens où l'hégémonie américaine subit un recul marqué particulièrement notable dans les années 2000. Ce repli est lié, d'une part, à l'émancipation croissante des économies latino-américaines permise notamment par la multiplication des partenaires commerciaux des dits-pays. D'autre part, il n'est pas sans rapport avec l'avènement de gouvernements de gauche (en 2009, il n'y a que deux gouvernements qualifiés de droite dans la région) revendiquant, du moins sur le plan rhétorique, davantage d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Ces éléments tant économiques que politiques sont d'autant de catalyseurs permettant à la Russie d'ancrer sa présence sur le continent. La présence de la Russie s'affirme tant sur le plan commercial, militaire et idéologique. C'est la raison pour laquelle elle recherche des partenariats privilégiés avec des pays qui se réclament héritiers du socialisme, particulièrement ceux appartenant à l'Organisation ALBA. Le rapprochement de la Russie avec le Venezuela de Hugo Chávez, le Nicaragua de Daniel Ortega et Cuba de Raúl Castro en est l'expression. Notamment, les accords commerciaux entre le Venezuela et la Russie ont doublé en l'espace de deux ans pour atteindre 1,1 milliards de dollars en 2008. Plus précisément, entre 2006 et 2008, le Venezuela a acheté plus de 2 milliards de dollars d'équipement militaire à la Russie.
L'Equateur était resté, jusqu'à présent, à l'écart de cette tendance. En effet, le dernier accord d'achat d'armement russe par l'Equateur date de 1997 (sept hélicoptères dont des Mi-17). Cette série d'accord pourrait traduire un changement d'attitude. L'Equateur démontre certes un certain intérêt pour l'acquisition de nouveaux équipements militaires (selon le Ministre de la Défense équatorien, Javier Ponce, l'achat des deux hélicoptères s'élèvent à 22 millions de dollars). Cependant, ce n'est pas la défense qui constitue la clef-de-voûte de la série d'accords signé entre les deux Présidents. Par le biais de cette visite officielle symbolique, Rafael Correa a cherché à tendre la main à la Russie dans le but de développer les infrastructures de son pays, ainsi que de diversifier les exportations nationales. Par exemple, une déclaration d'intentions a été conclu entre la compagnie russe Inter RAO (coopérant déjà avec des entreprises, vénézuéliennes, nicaraguayennes et cubaines) et la banque Roseksimbank (qui finencera le projet) avec l'entreprise équatorienne Hidrotoapsi S.A. afin de construire une centrale hydroélectrique dans le cadre du projet hydro-électrique Toachi-Pilatón. Dans le domaine commercial, Rafael Correa a exprimé le souhait de fournir la Russie en autocars et en camions, tout comme il a promu une plus grande implication de l'Equateur dans le secteur aérien russe. Il entend par là diversifier les exportations de son pays vers la Russie qui se sont élevées en 2008 à un 1 milliard de dollars, mais qui reposent actuellement en grande partie sur les bananes et les fleurs.
L'attitude pragmatique de l'Equateur contraste avec l'attitude et les discours enflammés des ses homologues, comme par exemple Hugo Chávez. En effet, l'Equateur s'est montré plus modéré et prudent sur le plan diplomatique à l'égard de la Russie. Le pays latino-américain ne s'est pas empressé de reconnaître l'indépendance de l'Abkhazie ni même de l'Ossétie du Sud, comme a pu le faire le Nicaragua et le Venezuela, un mois après la Russie. Dans sa conférence de presse réalisée à Moscou le vendredi 30 octobre 2009, Rafael Correa affirme que le sujet des deux entités territoriales n'a même pas été évoqué lors de sa visite officielle. Il se déclare prêt à analyser une demande officielle de reconnaissance de la part de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud.
Sources :
- El Ciudadano
- El País
- Ria Novosti
- Stockholm International Peace Research Institute
|