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Mercedes Sosa, une vie
Société
Écrit par Helena Marquez, Cecilia Baeza   
Mercredi, 14 Octobre 2009 08:22

canciones-con-fundamentoMercedes Sosa, un des plus grands icones de la Nouvelle Chanson Latino-Américaine, est décédée le 7 octobre 2009 à 74 ans. L'occasion est plus que suffisante pour rappeler la carrière artistique et le combat politique de cette grande cantora argentine.

 

 

Mercedes Sosa est née à San Miguel de Tucumán le 9 juillet 1935, au sein d'une famille humble, d'ascendance indigène, dans laquelle elle a développé très jeune une passion évidente pour la musique populaire. A quinze ans, elle étrenne déjà les concours de chant nationaux. En dépit de premiers pas difficiles, Mercedes Sosa parvient peu à peu à faire connaître sa proposition particulière sur une scène folklorique alors en pleine effervescence (avec de nombreux festivals de musique populaire, diffusion à la radio et production discographique). Son timbre chaud et grave qu'elle met au service d'une interprétation sensible, mais aussi puissante, lui donne une noblesse particulière. Les adjectifs qui la décrivent parlent d'une voix tellurique, pure et douce. La Negra, surnom affectueux qu'elle doit à ses longs cheveux noirs et sa peau mate, incarne bientôt une certaine dignité des femmes des classes populaires latino-américaines. Quand intervient le coup d'Etat militaire en Argentine en 1976, elle est déjà une figure très aimée du public, tant pour sa qualité artistique que pour son engagement politique. Elle est en effet militante du Parti communiste depuis les années 1950. Après trois ans de répression, pendant lesquels ses disques et ses concerts sont interdits, elle s'exile à Paris et à Madrid. Sa chanson Todo cambia qui appelle à la fin de la dictature militaire devient un hymne de toute une génération d'exilés politiques latino-américains. Elle rentre en Argentine en 1982 et poursuit son intense carrière musicale, pleine de reconnaissances nationales et internationales.

 

Plus de vingt ans plus tard, nous pouvons affirmer que le rôle de Mercedes Sosa dans la musique latino-américaine du 20e siècle a été fondamental. On aurait tort de voir dans sa figure de « folkloriste » l'image d'une artiste repliée sur le passé et la « pureté » des origines ; bien au contraire. A Mendoza, avec son mari le musicien Oscar Matus et d'autres artistes comme Armando Tejada Gómez et Tito Francia, elle lance en 1963 le « Manifeste Fondateur du Nouveau Recueil de Chansons (Cancionero). Le Manifeste explicite les principes artistiques d'une musique associée à certaines valeurs culturelles de défense de l'art populaire. Il propose par exemple de « dépurer le patrimoine musical  folklorique ou populaire, des conventionnalismes et des tabous traditionnalistes à outrance », et s'oppose à l'industrie culturelle comme simple marchandisation de la production artistique. Le Mouvement du Nouveau Recueil de Chansons, précurseur argentin de la Nouvelle Chanson Latino-Américaine, promeut l'enrichissement du chansonnier folklorique argentin traditionnel, en arguant que « l'art, comme la vie, doit être en permanente transformation ». C'est de cette époque que datent, entre autres, les albums Canciones con Fundamento (1965), Hasta la victoria (1972) et Mujeres Argentinas (1969), extraordinaire hommage aux femmes qui ont fait l'histoire argentine, de la guérilléra Juana Azurduy (1780-1892) à l'éducatrice Rosario Vera (1873-1950), en passant par la poétesse Alfonsina Storni (1892-1938). A son retour d'exil, elle donne à Buenos Aires une série de treize concerts qui révolutionnent la musique argentine et latino-américaine, en invitant des artistes de tous les courants musicaux et en mélangeant pour la première fois des genres aussi différents que le tango, le rock et le folklore. De cette façon, elle accomplit définitivement sa volonté de rénover la culture du continent en effaçant les frontières et les régionalismes. Ses chansons mettent en valeur la poésie de Pablo Neruda, et son répertoire rend généreusement hommage à Violetta Parra, Daniel Viglietti, Victor Jara, Silvio Rodriguez et Atahualpa Yupanqui, entre autres.

 

Aujourd'hui, l'héritage de Mercedes Sosa est immense : avec plus de 420 disques, nous lui devons certaines des plus belles chansons protestataires latino-américaines, comme Sólo le pido a Dios de l'auteur-compositeur León Gieco et Canción con todos, d'Armando Tejada Gómez et César Isella.