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Venezuela, Equateur et Bolivie, trois pays gouvernés à gauche, ont fait le choix de la refondation par la voie constitutionnelle. Trois pays laboratoires, pourtant bien différents les uns des autres. Dans le premier, la Révolution bolivarienne commencée en 1998, et maintes fois confirmée par les urnes, n'avait guère besoin d'une ultime consolidation. La réforme constitutionnelle vénézuélienne récemment approuvée porte les germes d'une dérive autoritaire qui n'a échappé à personne. Hugo Chávez déborde d'imagination sur la façon de multiplier les dispositifs de verrouillage (6ème pouvoir, vice-présidents, etc.).
En Equateur, nombreux sont les observateurs qui, comme le journaliste Sebastián Mantilla par exemple, soupçonnent Rafael Correa de vouloir suivre la même voie. Fort d'une majorité absolue à l'Assemblée constituante, et considérant que celle-ci ne doit être perturbée dans l'exercice de ses fonctions par aucun autre pouvoir (législatif ou judiciaire), il entend bien modeler les institutions à la mesure de ses ambitions de changements politiques. Il n'évoque toutefois pas le socialisme du XXIème siècle et n'a pour l'heure même pas fait adhérer son pays à l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA).
La situation est bien différente en Bolivie où Evo Morales préserve toujours un capital de confiance substantiel dans le pays, mais éprouve bien des difficultés à arbitrer des débats complexes. L'Assemblée constituante qui doit terminer ses travaux le 14 décembre, est parvenue à se mettre d'accord sur des sujets épineux, comme celui de la nature de l'Etat (« unitaire social de droit plurinational, communautaire, autonomique et décentralisé, démocratique, libre, indépendant, souverain et interculturel ») ou l'économie (à la fois « nationale, communautaire et privée »), mais butte sur la question de la capitale et des autonomies des nations indigènes.
La capitale de la Bolivie est au cours de son histoire souvent revenue à son centre économique. Sucre n'entend pourtant pas céder à la volonté de la constituante de transférer la capitale à La Paz. Celle-ci est pourtant déjà dépassée par Santa Cruz. Un compromis sera probablement trouvé autour d'une sorte de partage des sièges des pouvoirs. Plus sérieuse est la tentative de construire un Etat Nation, en partant de la prémisse que le pays comprend 36 Nations indigènes qui méritent de jouir d'un statut d'autonomie. Le pays connaissant déjà une loi de décentralisation parmi les plus avancées d'Amérique latine, et la réforme constitutionnelle précédente (1994) ayant déjà consacré le caractère multiethnique et pluriculturel de la République, il s'agit cette fois d'aller plus loin et de reconnaître que les « peuples indigènes originaires paysans» ont un droit légitime à s'auto administrer sur leur territoire. Les positions sur cette question vont des plus radicales, soutenant que le pays doit tout simplement être restitué aux populations indigènes spoliées par les Espagnols, à celles qui considèrent qu'il est absurde de vouloir octroyer aux indigènes un statut d'autonomie par rapport à un pouvoir politique qu'ils viennent de conquérir. Le parti du président, le Mouvement vers le socialisme (MAS), préfère quant à lui considérer que la trentaine de Nations indigènes des basses terres peuvent rapidement bénéficier d'un statut d'autonomie, mais qu'il reste à déterminer comment s'y prendre pour les Quechuas et les Aymaras, beaucoup plus nombreux et surtout dispersés dans tout l'Altiplano. Comment imaginer une autonomie sans territorialisation et sans décompte précis des populations concernées ?
Le caractère quelque peu byzantin du débat constitutionnel aurait de quoi dérouter s'il n'apparaissait pas évident qu'il touchait au plus profond de l'identité bolivienne.
Lors des débats entre les principaux représentants de la classe politique bolivienne auxquels Dominique Darbon, Stéphane Michonnaud et moi avons eu la chance d'assister, nous avons été frappé à la fois par la franchise et souvent la dureté des propos échangés, et par la volonté de ne pas rompre le fil du dialogue. Voir des hommes politiques aussi opposés que Felipe Quispe, dirigeant aymara du soulèvement de 2000, Pedro Portugal (historien proche de Quispe), Fernando Untoja (Ayra), Guillermo Richter (MNR), Santos Ramirez (MAS), Carlos Böth (PODEMOS) ou Victor Hugo Cardenas (ancien vice-président de la république, aymara) assis autour d'une table et dialoguer a de quoi rassurer.
La Bolivie n'en finit pas de réformer sa Constitution, mais aucune cure de catharsis ne dure un jour.
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