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Alternance historique au Salvador PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Groupe OPALC El Salvador   
Dimanche, 22 Mars 2009 01:00

funes3Deux mois après les élections municipales et législatives, 4,2 millions d’électeurs étaient de nouveau appelés aux urnes le dimanche 15 mars 2009 pour choisir leur Président de la République. Mauricio Funes, candidat du FMLN (gauche), a devancé son unique adversaire, Rodrigo Ávila. Celui-ci portait les couleurs de l’ARENA (droite), parti au pouvoir depuis 1989.
Au terme d’un scrutin à un tour, Funes a été déclaré vainqueur avec 51,3% des voix. Cette victoire constitue un événement historique dans la mesure où elle permet la première alternance depuis la signature des accords de paix (1992). Soixante-trois pour cent des électeurs ont participé au suffrage, un taux similaire à celui enregistré lors de l’élection présidentielle de 2004.
La journée électorale s’est déroulée sans incident majeur. Les organisateurs craignaient des débordements car plusieurs accrochages s’étaient produits dans les derniers jours de la campagne. Des rumeurs faisaient état que des étrangers en provenance notamment du Honduras tenteraient de voter en échange de compensation. Mais les autorités policières ont veillé au bon déroulement du scrutin, en étroite collaboration avec les membres des Juntas Electorales et du Tribunal Superior Electoral (TSE). Par ailleurs, de nombreux observateurs nationaux et internationaux aveint été autorisés à suivre le processus électoral.


Durant la campagne, les débats s'étaient limités à des attaques dénonciatrices le plus souvent dénuées de substance. Peu de solutions avaient été avancées afin de combattre l’insécurité dans un pays où le nombre de morts violentes est plus élevé que partout ailleurs dans la région. Le thème du ralentissement de l’économie ne semblait pas non plus être une priorité dans la stratégie électorale des candidats.

 

En janvier 2009, l’ARENA avait repris au FMLN la mairie de la capitale San Salvador. Pour l’élection présidentielle, les électeurs de la ville et du département de San Salvador ont finalement donné un net avantage à Mauricio Funes (voir les résultats sur le site web du TSE). Dans la ville de San Salvador, le FMLN a remporté 51,6% des suffrages valides (104.544 votes) et l’ARENA 48,4% (98.105 votes). En ce qui concerne le département de San Salvador, le FMLN est sorti vainqueur avec plus de 54,5% des suffrages valides (452.263 votes). Ces résultats dans la zone la plus peuplée de l’Etat expliquent dans une large mesure la victoire du FMLN à l’échelle nationale. En ce qui concerne les résultats dans les treize autres départements du pays, on constate des variations importantes. Le FMLN s’est facilement imposé à San Miguel (58%), autre département démographiquement important. Le candidat de l’ARENA s’est quant à lui imposé dans une majorité de départements (huit au total), avec une avance parfois confortable (54% à Cuscatlan, 61% à Cabañas).

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L’ARENA avait pourtant tenté de mettre en garde les électeurs modérés contre les « risques » d’une arrivée de la gauche au pouvoir. Funes était dépeint comme un candidat qui cherchait à faire du Salvador un pays à la solde du régime vénézuélien. Entretenant des rumeurs et des mises en garde alarmistes, la droite avait également cherché à sensibiliser les électeurs sur le fait que l’arrivée au pouvoir d’un “parti de guérilleros” pourrait entraîner des répercussions négatives de la part de Washington. Après la publication officielle des résultats, les divers discours et réactions ont toutefois rassuré les analystes les plus inquiets. Les États-Unis ont énoncé leur volonté de travailler étroitement avec le nouveau gouvernement, et Mauricio Funes comme son adversaire ont fait preuve de modération et de responsabilité.
Mauricio Funes s’est empressé de se distancer d’Hugo Chávez en affirmant que le Salvador devait suivre sa propre voie. Lors de son premier discours en tant que Président démocratiquement élu, Funes a par ailleurs invité « toutes les entreprises, grandes, moyennes et petites » à travailler main dans la main avec le futur gouvernement pour le développement économique et social du Salvador. Il aussi a exhorté l’ARENA à assumer avec rigueur son nouveau rôle de parti d’opposition  (lire l’intégralité du discours de Mauricio Funes).

Le discours du candidat vaincu a été prononcé plus tard dans la soirée du dimanche 15 mars (photo ci-dessous). Devant des centaines de sympathisants, Rodrigo Avila a reconnu sa défaite. Il s’est engagé à faire de l’ARENA une force politique d’opposition constructive, s’en référant à Dieu pour qu’il donne à Funes et au FMLN la sagesse dans la conduite du pays. Durant la campagne électorale, l’ARENA avait déjà fait référence à la « sagesse ». A travers le slogan « Vota con sabiduria », il s’agissait de souligner le manque d’expérience du FMLN et les risques d’un vote émotionnel pour Funes.

 

Paradoxalement, ce sont les dirigeants et militants de l’ARENA qui ont fait preuve de sagesse le soir du 15 mars, en acceptant un résultat serré : l’écart final entre les deux candidats fut de moins de 70.000 voix. Le Président sortant, Antonio Saca, à quant à lui annoncé dès le lendemain de l’élection qu’il rencontrerait Mauricio Funes et mettrait en place une équipe de transition pour faciliter la prise de pouvoir par son successeur.


Cet ensemble de réactions modérées ont dilué les dernières craintes sur le fonctionnement et l’acceptation des règles du jeu démocratique. L’élection du 15 mars 2009 est historique à plusieurs niveaux. Au-delà du phénomène d’alternance, et de l’espoir généré par l’arrivée de Funes au pouvoir, le quotidien  salvadorien « El Diario de Hoy » soulignait le fait que le grand vainqueur du scrutin n’était ni Funes ni le FMLN, mais le processus démocratique du Salvador (édition du mardi 17 mars). Un processus qui semble aujourd’hui consolidé.

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Au cours des prochaines semaines, Funes devra toutefois faire face à diverses difficultés. Il doit d’abord annoncer la composition de son cabinet et de son gouvernement. Des décisions difficiles devront être prises, ce qui pourrait se faire aux dépens des factions plus radicales qui ont soutenu un candidat “externe” au parti. Funes a d’ailleurs déjà laissé entendre qu’il ferait une place au gouvernement à certaines personnalités « de droite ». Dans un contexte de grande fragilité économique et sociale, viendront ensuite les défis propres au passage pour le FMLN du rôle de parti d’opposition à celui de parti de gouvernement.

Pour son premier voyage à l'international depuis sa victoire, le futur Président Funes se rendra au Brésil. Ce choix est symboliquement fort. Le Président Lula avait lui aussi été élu historiquement en octobre 2002, générant un immense espoir populaire. Pendant la campagne de 2002, une éventuelle arrivée au pouvoir du Partisdes Travailleurs au Brésil avait souvent été présentée comme un risque pour le Brésil. Le PT était aussi parvenu au pouvoir sans expérience de gestion au niveau national et avait essuyé des critiques pour son incompétence supposée. Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Funes aura certainement à apprendre des expériences du PT en tant que parti de gouvernement : gestion des forces et tendances politiques internes au parti et à la coalition ; relations entre le Président, le gouvernement et le parti politique ; tension entre les attentes de la population et la marge de manœuvre politique, etc. Nul doute que la femme de Mauricio Funes, Wanda Pignato (photo ci-dessous), jouera un rôle clé dans ce rapprochement entre le Salvador et le Brésil, ainsi qu’entre le PT et le FMLN. De nationalité brésilienne, elle est également la représentante du PT pour la zone Amérique centrale.

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