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Chaque année, au Chili, le 21 mai le Président de la République fait un état des lieux sur la situation générale du pays. Ce discours est, en général, l'occasion pour le Président de faire le bilan des politiques phares mises en place en un an, et d'en annoncer de nouvelles.
Le 21 mai dernier, Michelle Bachelet a donc réalisé cette allocution devant le Congrès National. C'était la dernière fois que la Présidente se pliait à ce rituel républicain puisqu'en décembre prochain aura lieu l'élection présidentielle dans ce pays.
De plus, la Présidente a prononcé ce discours dans un contexte spécifique. D'une part, le Chili doit affronter les conséquences de la crise économique mondiale et d'autre part la Présidente de la République jouit d'un fort soutien populaire. Ces deux éléments semblent par ailleurs liés. En effet, pour faire face à cette crise économique le gouvernement de Michelle Bachelet a mis en place, depuis le début de l'année, de nombreuses mesures. Ces mesures ont été globalement bien perçues par la population chilienne (notamment les aides financières distribuées en mars aux foyers les plus vulnérables). C'est en partie se qui expliquerait ce fort appui populaire à la Présidente de la République. Selon les derniers sondages réalisés avant son discours, Michelle Bachelet recueillait 67% d'opinions favorables.
Etant donnés ces éléments de contexte, il n'est pas surprenant que la Présidente de République chilienne ait été moins critique sur la gestion de son gouvernement que les années précédentes. Ainsi, l'unique sujet problématique qu'elle a évoqué fut le Transantiago. A l'inverse, Michelle Bachelet a souligné les réussites de son gouvernement ; principalement en matière de protection sociale. Dès le début de son allocution, elle a notamment déclaré souhaiter que son gouvernement soit reconnu comme « le gouvernement du changement social ». De plus elle a employé à 40 reprises le terme de « protection » (ou un mot associé à ce champ lexical). La plupart des mesures évoquées, déjà réalisées ou promesses, correspondent aussi a cette volonté de la Présidente de la République de faire du Chili un « Etat qui protège les personnes ; un Etat social ».
Selon ses dires, le travail gouvernemental doit s'orienter dans trois directions :
« - Premièrement, [il faut] travailler pour dépasser la crise économique internationale et retrouver rapidement le chemin d'une croissance durable.
- Deuxièmement, [il faut] travailler pour que les personnes ne souffrent pas des rigueurs d'une crise qu'elles n'ont pas provoquée et pour consolider la matrice de protection sociale promise.
- Troisièmement, [il faut] travailler pour le pays sorte plus fort de ce moment d'adversité, en construisant les bases d'un modèle de développement plus dynamique, inclusif et durable ».
En ce qui concerne la crise économique mondiale et ses répercutions nationales, Michelle Bachelet a souligné que le Chili résistait mieux que de nombreux autres pays. Selon ses propos, ceci serait, en parti dû au fait que « depuis longtemps nous avons dit que le marché devait être accompagné de plus de délibérations démocratiques et que la croissance doit aller de pair avec plus d'équité. » La Présidente de la République a rappelé les principales mesures prises par son gouvernement dans cette direction. Elle a ainsi évoqué le « Plan de Récupération Economique », tout en soulignant qu'il s'agit du cinquième plus grand au niveau mondial (par rapport au PIB de chacun des pays). Elle a par ailleurs mis en avant que son gouvernement a augmenté l'investissement public (en accord avec le Congrès), développé des mesures d'aides au secteur privé (en direction des PME notamment), et qu'il a su générer avec les acteurs de la société civile un « accord pour l'emploi ». Concernant les mesures à venir, la Présidente de la République, a annoncé qu'un nouveau « bon extraordinaire » serait attribué aux familles les plus vulnérables dès le mois d'août. Au total, ce bon de 40 000 pesos (environ 49 euros) devrait être attribué à 4 millions de personnes.
Dans la deuxième partie de son discours la Présidente de la République a évoqué les politiques à mettre en place pour que les chiliens ne souffrent pas des rigueurs de la crise. Elle a fait référence au système de protection sociale qu'elle avait souhaité mettre en place dès son arrivée au pouvoir. Selon elle, « la patrie est pour tout le monde, elle inclut tout le monde et appuie tout le monde ». Elle a de plus souligné que le Chili, même s'il faut encore travailler dans ce sens, « compte un réseau intégral de politiques, services et programmes qui rendent effectifs les droits sociaux que nous reconnaissons aux citoyens. »
Ce réseau comporte notamment de nombreuses mesures instaurées durant le mandat de la Présidente ; mesures amplifiées et multipliées face à la crise économique mondiale de cette année. Le système de retraites solidaires a ainsi été approfondi ; et dès le mois de juillet, 200 000 personnes de plus pourront en bénéficier.
Concernant les « politiques de l'enfance », le programme phare du gouvernement Bachelet est « Chile Crece Contigo ». L'objectif de ce programme est d'accompagner et soutenir les enfants dans la petite enfance (appui médical, places en crèche, aides techniques aux parents..). Ce programme concerne aujourd'hui 40% des enfants issus des familles les plus vulnérables et d'ici à 2011, 60% devrait y avoir accès.
Selon Michelle Bachelet, la santé est aussi un secteur clé, duquel tous les chiliens devraient pouvoir bénéficier. En plus de la création de nouveaux hôpitaux et centres de santé, le « Plan Auge » a été approfondi. Ce plan vise à garantir à tous les chiliens un meilleur accès à la santé, et prévoit que les frais médicaux pour une série de maladies soient partiellement ou totalement pris en charge par l'Etat (suivant les revenus du patient). En 2007 ce plan concernait 56 pathologies, cette année 66 et bientôt 80.
Une autre thématique à laquelle la Présidente souhaite faire face : les difficultés rencontrées par certains chiliens en se qui concerne l'habitat. En plus de plusieurs programmes et aides déjà existants, Michelle Bachelet a annoncé la mise en place d'une assurance payant jusqu'à 4 mois les traites de remboursement en cas de chômage de ces habitants de plus de deux mois, pour les familles les plus vulnérables.
L'Etat doit aussi protéger les travailleurs. Plusieurs politiques ont été adoptées cette année comme la suppression des écarts salariaux entre hommes et femmes ou le renforcement de l'assurance chômage.
L'ensemble de ces mesures sociales a des répercussions concrètes à moyen et même court terme, permettant notamment d'affronter la contraction de l'économie chilienne. Cependant, dans un troisième temps, la Présidente de la République chilienne a présenté des mesures avec des objectifs à plus long terme.
Ces mesures concernent notamment l'éducation et ont pour objectif l'amélioration globale de celle-ci. Cela passe par des bourses pour les enfants et les étudiants ou encore par de nouvelles formations pour les professeurs et les directeurs d'établissements scolaires.
Par ailleurs Michelle Bachelet souligna l'importance de l'innovation, de la modernisation des entreprises publiques, du développement des services financiers et de l'approfondissement du réseau de commerce international.
Enfin la Présidente a mis en avant la nécessité de développer l'investissement public ; que ce soit en matière d'infrastructures, dans le domaine du sport ou encore de la culture.
Ainsi, pour la Présidente de la République, le Chili « a besoin de plus de marché et de plus d'Etat. D'un meilleur marché et d'un meilleur Etat » ; d'un « Etat qui régule et protège ». Pour elle, ce paradigme semble être la clé pour affronter la crise économique mondiale et les défis à venir.
Ce discours du 21 mai, a donc été marqué par l'empreinte du vaste système de protection sociale que Michelle Bachelet a souhaité mettre en place dès son arrivée au gouvernement. Par ailleurs, même si ce discours devant le Congres était le dernier de la Présidente de la République chilienne, les nombreuses annonces et promesses semblent souligner qu'elle travaillera jusqu'à la fin de son mandat.
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