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mardi, juin 23 2009

Mes remerciements en guise de clôture...

Mon périple en Amérique du Sud est aujourd'hui achevé. J’ai désormais retrouvé mes chères terres bigourdanes, ce qui me 'tarbait' beaucoup en vérité… Après être resté au final, un peu plus de deux mois en Argentine et tout juste quelques jours de moins au Brésil, un mois révolu en Uruguay et au Chili, à peine plus de deux semaines malheureusement en Bolivie, mais trois au Pérou, et pas tout à fait quatre en Équateur, l’envie de retrouver mes racines me tiraillait. Néanmoins, il est évident que si l’aventure était à revivre, je la revivrai de la même manière, à savoir, malgré la solitude qui ronge souvent le voyageur, les imprévus qui émaillent nécessairement les périples de ce genre, et la crainte incessante de renoncer, par fatigue ou lassitude, avant d’en avoir terminé. Car, il est acquis que les mésaventures font partie de l’aventure. Or, bien heureusement, elles ne peuvent que rarement atteindre un degré d’infortunes tel, que ce dernier se verrait capable de convertir le bonheur de vivre un projet qui depuis toujours nous anime, en entreprise malheureuse. Je n’ai jamais été un expert en psychanalyse freudienne, mais je crois d’expérience que les beaux rêves ne deviennent jamais de vilains cauchemars. L’aventure rêvée en l’occurrence, a cela de profondément grisant qu’elle offre l’opportunité de se laisser aller à la rencontre, à la découverte, et à la joie de vivre des moments qui resteront des souvenirs impérissables. Jamais ainsi, je n’oublierai tous ces hommes et femmes rencontrés au fil de mes pérégrinations latino-américaines et avec lesquels j’aurai partagé une courte mais intense tranche de vie. De même, ma mémoire se montrera difficilement infidèle envers tous ces paysages formidables que j’ai eu la chance de traverser et devant lesquels je me suis souvent extasié. Au total, j’aurais pris quelques 6000 photos durant ce voyage. Cependant, la majorité d’entre-elles sont déjà gravées quelque part dans mon esprit, au milieu de ces photographies mentales du Pic du Midi, de nos belles Pyrénées, et du Haut Aragon voisin, celles qui m’auront aidé, ici dans l’hémisphère sud, à garder le nord et la tête sur les épaules. Peut-être tous ces magnifiques souvenirs nourriront-ils d’ailleurs, à leur tour, de nouvelles aventures rêvées ? Car, si l’appétit vient en mangeant, il faut reconnaître que le goût du voyage vient aussi en voyageant… De fait, je crains que ce projet en ait ouvert la porte à d’autres… Quoi qu’il en soit, avant de repartir pour mettre un jour le pied dans chaque pays du monde, comme je le rêve depuis que je sais balbutier mon prénom ou plus vraisemblablement, depuis que je fais la différence entre un joli globe lumineux et une vulgaire lampe de chevet, je me devais de présenter mes plus sincères gratifications à l’égard de toutes celles et ceux qui m’ont permis d’accomplir ce premier grand voyage tant désiré. Ces remerciements ont naturellement été quelque peu étoffés par rapport à ceux qui précédaient mon départ en octobre dernier… Ne vous en étonnez pas...

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Impression soleil couchant, ou les sombres conditions des paysans en Equateur

Coincé entre l’hémisphère Nord (Colombie) et l´hémisphère Sud (Pérou), l´Equateur, petit pays andin profondément métissé, est un condensé de l´Amérique latine. Sur un territoire équivalent à la moitié de la superficie française (272 000 km2), l’Equateur possède 4 régions géographiques bien distinctes : la Sierra (région montagneuse centrale), la région amazonienne (ou orientale), la Costa (sur les franges pacifiques par définition), sans oublier les fameuses îles Galápagos (situées à plus de 1000 km des côtes). Par ailleurs, le pays est célèbre pour jouir de la plus grande biodiversité par mètre carré du continent. A l'instar du film documentaire de Juan Martín Cueva, Este maldito país (voir la bande-annonce : http://www.youtube.com/watch?v=_g1p...) , l´identité de ce pays résiderait ainsi justement dans sa diversité.

En outre, son histoire politique a été particulièrement mouvementée. Après avoir connu deux dictatures militaires entre 1972 et 1979, l´Equateur est le premier pays latino-américain à revenir à un gouvernement constitutionnel le 10 août 1979. Cependant, ce retour à la démocratie marque aussi son entrée dans une période d'instabilité politique, processus accéléré depuis 1996. De 1996 à 2000, se succèdent en effet 5 gouvernements. La dernière manifestation de rejet des gouvernants par le peuple citoyen s’est déroulée en 2005 avec la Révolution des « forajidos »(voyous, délinquants), aboutissant à la fuite du colonel Lucio Gutiérrez.

Petit à petit, le vieux modèle économique « étatique-national-développementaliste » des années 1970 a cédé la place à un néolibéralisme sauvage. Cette transition a conditionné tous les gouvernements successifs du pays à partir de 1982, quelles qu'aient pus être leurs positions idéologiques ou politiques respectives. Les années 1980 marquent ainsi le début d'un phénomène accéléré de crise économique, dont l´origine réside dans la déstabilisation de l´économie pétrolière, la détérioration de la production interne, la fragilisation du commerce extérieur et le brutal impact de la dette externe. Ces déboires sont aggravés par un contexte international marqué par le triomphe des libéraux, les nouvelles conditions du FMI, la remise en cause de la régulation étatique, et par la multiplication des privatisations. Or, toutes ces mesures ont eu, à l´instar des autres pays du cône Sud, de graves impacts sociaux, en particulier sur le monde rural. Quelles sont donc les transformations qu’a pu enregistrer le secteur primaire, en Equateur, au cours des trois dernières décennies ? Plus précisément, comment se manifeste l´exploitation des paysans par les agro-industries exportatrices dans la phase néolibérale ? Quelles sont les réponses envisageables par les paysans à ce système d’exploitation ? Si elles existent, relèvent-elles de forme de résistance individuelle ou collective ?

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vendredi, juin 12 2009

« Madre Teresita », la petite sœur des indiens…

Au cœur de l’Equateur, à une quarantaine de kilomètres des flancs orientaux du somptueux volcan Chimborazo, qui domine majestueusement, du haut de ses 6310 mètres, toute la vallée de Riobamba (ville de 125 000 habitants) -ce qui fait d’ailleurs de ce sommet, étant donné le renflement de la planète à l’Equateur, le point terrestre le plus proche du soleil ou le plus éloigné du centre de la Terre-, se trouve la petite communauté rurale de Flores. C’est ici qu’a choisi de s’installer, depuis une vingtaine d’années, une missionnaire française d’origine landaise. Agée de bientôt 85 ans, Madame Thérèse Duvignau a consacré toute sa vie au service des exclus, des malades, et des plus démunis. Née de parents paysans dans le petit village de Geaune, à la frontière entre le Gers, les Pyrénées Atlantiques et les Landes, celle que l’on appelle affectueusement ici : « la hermanita Teresita », a débuté son engagement missionnaire en pays musulman, plus précisément en Egypte, lors du conflit contre Israël, en 1967. Or, elle se trouve irrésistiblement attirée par l’Amérique du Sud. Ce continent la fascine. Son histoire mouvementée, ses déséquilibres sociaux qu’elle voudrait abattre, et la discrimination à l’égard des populations indigènes qui la révolte, sont les principaux éléments qui motivent sa décision de quitter le Caire, tout juste un an plus tard. L’ardente missionnaire est en fait persuadée de trouver, en ces terres latino-américaines, les conditions précises qui permettront de donner sens à la révélation qu’elle a eue auprès de Dieu. Ainsi, dans cette inclination qui la pousse à s’opposer à toutes les formes d’expression de la détresse humaine et, à travers le réconfort qu’elle s’efforce d’apporter à tous, la religieuse est heureuse d’assumer ce rôle de missionnaire qu’elle a choisit par amour de Dieu. Car « Dieu est amour » répète-t-elle toujours.

Le hasard de la vie voudra qu’elle débarque, en 1968 à Guayaquil (plus de 2 millions d’habitants), sur la côte Sud Ouest du plus petit des pays andins. Dès lors, Madre Teresita ne bougera plus d’Equateur, sa seconde, voire première patrie désormais. Toutefois, elle ne s’est établie à Flores que tardivement ; à la suite d’un dramatique accident de car qui a failli lui coûter la vie, en 1972. Clouée à l’hôpital pendant plusieurs mois et affectée par un terrible staphylocoque doré, la bonne sœur se résout à accepter l’amputation de sa jambe gauche. Toutefois, c’était sans compter le talent de ses chirurgiens –qui étonnera jusqu’à leurs homologues du CHU de Bordeaux- et la volonté finalement inébranlable de cette « miraculée » –comme elle aime se reconnaître elle-même, les yeux rivés au ciel… Toujours est-il que cet évènement douloureux vient encore renforcer, jusqu’au plus profond de son corps meurtri, le désir de se battre aux côtés des plus déshérités. C’est ainsi qu’elle décide de s’installer dans l’un des diocèses les plus marginalisés du pays, celui des zones périphériques de Riobamba. Ici, s’illustre déjà l’engagement de Monseigneur Proaño, chantre équatorien de la Théologie de la Libération, avec qui la vielle dame se lie d’amitié et qu’elle pleurera de toutes ses larmes, après sa disparition, en août 1988. Dans le même temps, avec le soutien d’associations catholiques notamment dacquoise et avignonnaise, la missionnaire fonde au beau milieu des hautes vallées riobambines (2500-3500 mètres d’altitude), un centre de capacitation et trois dispensaires de santé. Durant les deux dernières décennies, Madre Teresita qui se lie de compassion avec la population indienne « puruahes » de Flores, assumera la direction de la vie religieuse et sociale de toute la communauté. Elle dispensera par ailleurs, différents enseignements à la jeunesse des environs, et se montrera encore présente au chevet de tous les malades victimes des pandémies de choléra récurrentes.

Aujourd’hui, bien qu’elle n’ait rien perdu de son énergie d’antan, la vieille dame a cependant plus de difficultés pour venir en aide aux plus démunis. Au-delà du manque de moyens, elle voit d’un mauvais œil l’enracinement des églises évangélistes dans la région ; autant qu’elle regrette que les campagnes tendent, depuis peu, à être gangrenées par des actes de violence qui n’effrayaient uniquement auparavant que les grandes cités. Néanmoins, il en faut plus à Madre Teresita pour que son acharnement à se mettre au service des autres, fléchisse…

La hermanita Teresita m’a offert à Flores, l’un des accueils les plus chaleureux que j’ai reçu de tout mon périple. En guise de reconnaissance et malgré sa modestie maladive qui me l’a interdit, je souhaitais lui consacrer l’avant dernier article de ma « bitácora ».

Portrait d’une sainte sous les rides d’une vieille dame…

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vendredi, juin 5 2009

Nouvelles d´Equateur

Très cher(e)s et assidu(e)s lecteurs/trices de la bitácora,

mon périple en Amérique Latine s´achève officielement ce soir.

Je prends en effet, mon avion pour Paris via Miami, dans quelques heures.

Je publierai les trois derniers articles qui conclueront ce blog dans le courant de la semaine prochaine.

Merci de votre compréhsension et à très prochainement donc...

Damien en Quito

jeudi, mai 21 2009

« …comme s’il fallait se persuader que le voyage se termine. »

Très chèr(e)s et assidu(e)s lecteurs/trices de la bitácora,

je n’ai certes pas terminé tout à fait mon aventure, mais des obligations de scolarité m’ont contraint à boucler mon rapport de séjour pour le 15 mai. Aussi, si vous ne retrouverez ici aucune référence à l’Equateur -pays où je me trouve actuellement et depuis lequel je conclurai mon périple en Amérique Latine-, j’ai essayé malgré tout de faire un bilan assez exhaustif de mon voyage et de mon investigation. « Saucissonné » en 5 parties, ce rapport de stage comporte une dizaine de photos et fait trente pages au total, à travers lesquelles je réponds aux justes critiques que j’ai pu essuyer, fais part des appréhensions qui ont agité ce voyage, relate certaines des « expériences » que j’ai pu vivre, dévoile les enseignements que j’ai conservés de ce voyage initiatique, et dresse quelques conclusions hâtives sur le monde rural latino-américain.

Aux intéressés, bonne lecture,

Aux autres, très bonne continuation,

A tous, merci de m’avoir suivi durant ce voyage et au plaisir de vous revoir ou de vous rencontrer à mon retour…

Quoi qu’il en soit, l’aventure se poursuit à travers deux articles encore consacrés à l’Equateur…

1) rapport de stage: sommaire et introduction

2) rapport de stage : partie 1

3) rapport de stage : partie 2

4) rapport de stage : partie 3

5) rapport de stage: conclusion et remerciements

Le lama, la fleur et le berger

Dans le sud du Pérou, sur les hauteurs altiplaniques, il est une légende, que l’on colporte aussi de l’autre côté du lac Titicaca et plus au sud encore, sur les versants abrupts des Andes chiliennes. Il s’agit d’une légende comme celle que les vieux de chez nous aiment dévoiler à leurs petits enfants, toujours émerveillés par ces histoires fantastiques racontées au coin du feu, lors des longues soirées d’hiver. Combien de petits pyrénéens auront ainsi été effrayés par les légendes de La Came cruse, du Drac, de l’Erriape ou encore de la Trimade ? Celle-ci pourtant n’a rien d'abominable. Il s’agirait plutôt d’un conte comme ceux qui éveillent la jeune progéniture au monde ; ou mieux, un mythe qui explique la raison d’être des choses et perpétue par-dessus tout, ce lien immatériel qui depuis toujours lie les hommes, la terre et le ciel.

A l’origine d’une légende, il y a, le plus souvent, un fait réel. Celui en question aurait interloqué n’importe quel voyageur un temps soit peu curieux envers ces magnifiques pays Andins qu’il a choisi de découvrir.

Pourquoi donc les lamas ont-ils leurs oreilles parées de frisettes en tissus de toutes les couleurs ? Est-ce simplement des moyens pour les distinguer, telles les cloches qu’utilisent les bergers des hauteurs de Barèges ? Faudrait-il croire, le cas échéant, qu’il n’y a jamais ici de ces épais brouillards qui ont fini par ne plus surprendre nos montagnards pyrénéens ? Car, si la cloche permet au berger de localiser facilement son troupeau dans la mélasse, il doit être bien difficile aux paysans des contrées andines de repérer, dans ces mêmes conditions, leurs ouailles hautes sur pattes par les petites fioritures accrochées à leurs oreilles, toutes vivement colorées soient-elles. Alors certes, si ces charmantes parures ont pour fonction de différencier le troupeau de lamas d’Ernesto de celui d’Alberto, il existe une autre explication à ces discrètes décorations. Elle s’inscrit dans la perpétuation d’une croyance populaire, que je vous invite à apprécier…

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mardi, mai 5 2009

Le Pérou, son patrimoine, ses racines, ses évolutions

En raison de son précieux passé, de la beauté de ses paysages, de l’hospitalité de ses habitants, mais aussi, de traits moins glorieux tels que ses inégalités socio-économiques, la violence qui gangrène certaines régions du pays, ou encore son histoire politique mouvementée, le Pérou pourrait, à bien des égards, apparaître comme un condensé d’Amérique Latine. N’est-ce pas d’ailleurs, quand on évoque l’Amérique du Sud, des clichés péruviens qui surgissent de nos imaginaires collectifs ? A côté du farouche gaucho argentin et des rythmes de samba brésilienne, qui n’a jamais associé le sud continent américain, au grandiose Machu Picchu de la civilisation Inca ou encore, à la flûte de pan, poncho en laine de lamas, et bonnet bariolé du petit paysan andin ? Au-delà des stéréotypes, le Pérou reste un pays profondément fascinant.

Afin de mieux le découvrir, j’ai reçu, en la personne de Monsieur Jaime Urrutia Ceruti, l’autorité d’un interlocuteur privilégié. Après s’être consacré au développement rural lorsqu’il travaillait pour le Centre Péruvien des Etudes, Jaime Urrutia a participé, pendant deux ans, à la Commission de la Vérité et de la Réconciliation (« Comisión de la Verdad y Reconciliación »). L’objectif était d’établir un rapport précis des exactions commises, durant les deux longues décennies de conflits armés qui ont ensanglanté le pays (1980-2000). En effet, la violence politique entretenue entre le pouvoir central et les groupuscules terroristes d’extrême gauche (Tupac Amaru et Sentier Lumineux essentiellement) aura fait un peu moins de 70 000 morts (civils, rebelles, et militaires confondus.) Une fois conclu ce difficile labeur, Jaime Urrutia s’est attaqué à une tâche non moins ardue : la valorisation du patrimoine latino-américain. Depuis janvier 2007, il dirige ainsi le Centre Régional pour la Sauvegarde du Patrimoine Immatériel de l’Amérique Latine (CRESPIAL). Il s’agit d’un organisme interrégional qui a pour finalité de coordonner les actions des différents pays du Cône Sud (excepté le Venezuela, la Guyane et le Surinam qui ne sont pas membres), en faveur de la protection et de la promotion des traditions, de l’art de vivre, des techniques ou encore de la gastronomie des peuples sud-américains. Financée en grande partie par le gouvernement du Pérou et appuyée par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO), la jeune organisation siège à Cuzco, l’ancienne capitale des Incas, celle-là même qui représentait pour eux, le nombril du monde. C’est là que Jaime Urrutia m’a fait la gentillesse de me recevoir, m’accordant gracieusement un rendez-vous pour répondre à mes questions.

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samedi, avril 25 2009

Coca sí, cocaína no !

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Enjeux et préoccupations internationales autour d´une petite feuille andine

Dans les rues touristiques du centre de La Paz, entre les fœtus de lamas, les posters de Che Guevara, et les petites sculptures artisanales de la Pachamama, on trouve deux modèles de tee-shirts souvenirs originaux : le premier détourne l’emblème de la plus célèbre des marques de soda américaine ; l’autre, moins humoristique, représente une grande feuille verte au dessus de laquelle un slogan simple mais efficace scande : “Coca, no es droga.” Il est là de toute évidence, un pied de nez inoffensif à tous ceux qui continuent de faire l’amalgame entre coca et cocaïne. De plus, pour qui les portera, il conviendra d’afficher sans vergogne son patriotisme andin ; lequel s’accommode assez facilement d’un anti-américanisme primaire. Il faut préciser que ce sont effectivement les « yankees » qui, convaincus de leur Destinée Manifeste, ont mené une guerre acharnée contre la drogue et pour la promotion des valeurs universelles. Or, à l’instar du Plan Colombia qui entendait favoriser la paix et le développement social dans l'un des pays des plus gangrenés par la violence, la corruption et les trafics en tous genres ; en Bolivie, la lutte menée par les Etats-Unis en faveur de l’éradication totale des plans de coca n’a pas porté les fruits escomptés –ou bien alors, des fruits amers, acides .... Ainsi, au cœur des Andes, le prohibitionnisme invétéré des Nord-Américains a surtout été synonyme de militarisation de la société et de perte de la souveraineté politique de l’Etat ; tout autant qu’il a justifié des atteintes aux droits de l’homme et des manipulations ou autres subterfuges visant à la désinformation citoyenne. La guerre anti-drogue a ainsi plus souvent fragilisé les idéaux démocratiques qu’elle n’a cru les favoriser. Par ailleurs, il s’avère plus souvent facile de châtier les plus innocents que de s’armer de bâtons (de « big sticks ») contre les véritables coupables. De fait, s’il arrive qu’ils constituent parfois les premiers échelons à la base de l’activité illicite, les petits paysans producteurs de coca sont en l’occurrence loin d’être aussi bien intégrés que les mafias internationales qui gèrent le trafic de drogue, sa distribution et se partagent les juteux bénéfices. De fait, entre le kilo de feuilles de coca acheté à un paysan du Chapare et son équivalent en poudre blanche consommée dans une soirée branchée parisienne ou new-yorkaise (il faut selon les estimations environ 250 kg de coca pour faire un kilo de cocaïne), le prix a été multiplié par 100 000. Or, bien qu’ils soient à la marge de l’activité illégale, les paysans boliviens sont les premiers visés et donc, les premières victimes des campagnes d’éradication. L’incompréhension a laissé progressivement place à la contestation virulente ; celle-là même qui s’est traduite politiquement par la victoire électorale d’Evo Morales, le personnage public qui s’est toujours montré le plus critique envers l’impérialisme « yankee » (voire article précédent). Pourtant, pour eux comme pour le reste de la population locale, avant d’être convertie en substance illicite, la coca est un remède traditionnel aux vertus médicales reconnues et un produit agricole sacralisé. Ainsi, associée aux rites ancestraux, la feuille de coca serait l’intermédiaire nécessaire à la liaison mystique entre le monde terrestre et le monde divin.

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jeudi, avril 16 2009

Evo Morales, le paysan devenu Président

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Le 18 décembre 2005, un tremblement de terre politique secoue les Andes. Juan Evo Morales Ayma, paysan d’origine amayra accède à la présidence de la République de Bolivie par 53, 7 % des voix. Cette majorité absolue le propulse directement à la tête de l’Etat, sans avoir à attendre les tergiversations du Congrès qui se charge, d’après la Constitution, de départager les deux candidats en ballottage. La victoire est donc sans appel. Evo Morales devient le premier descendant d’un peuple originaire à accéder à la plus haute fonction institutionnelle d’un Etat latino-américain. Elu sur un programme « ethno nationaliste », le leader syndical des producteurs de coca (« los cocaleros ») initie depuis le « Palacio Quemado » (le Palais Brûlé ou l’Elysée bolivien) une politique en contradiction ouverte avec le conservatisme ou la tradition néo-libérale de ses prédécesseurs. La nationalisation des ressources naturelles (et notamment du gaz), le lancement d’une réforme agraire, l’alliance avec les pays réputés anti-impérialistes de la planète, tels le Vénézuela de Hugo Chavez, le Cuba des castristes, ou encore la Libye de Kadhafi, lui valent la réprobation de l’élite « cruceña » (originaire de la région de Santa Cruz, locomotive économique du pays) et celle non moins vivace des Etats-Unis. L’administration Bush n’a pas ainsi hésité à ajouter la Bolivie à son Axe du Mal. Ce petit pays perché au cœur des Andes -deux fois plus grand que la France tout de même, pour une population 8 fois inférieure (la Bolivie compte un peu moins de 9 millions d’habitants)- qui a connu, à l’instar de ses confrères latino-américains, des coups d’Etat métronomiques tout au long du XXe siècle, a donc été classé dans la liste noire des pays les plus infréquentables de la planète. La Birmanie de la junte fasciste, Le Soudan d’Al Bashir, l’Iran d’Ahmadinejad, La Syrie de Bachar el-Assad, la Bolivie d’Evo Morales, la Bielorussie de Loukachenko, la Corée du Nord de Kim Jong-il… Si cette classification n’avait pas engendré un bon nombre de tensions et d’enjeux dans les relations internationales des dix dernières années, on aurait presque pu croire à une devinette pour diplomates du type : « Cherchez l’intrus » !

Dernièrement toutefois, depuis l’accession de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, les relations bilatérales tendent à se normaliser. Malgré tout, la Bolivie d’Evo Morales continue de susciter les interrogations des conservateurs les plus sceptiques, voire à l’inverse, la fascination chez les partisans de l’avènement d’un nouvel ordre mondial. Ainsi, dans les discours alter mondialistes, la triomphe électoral de l’indien Evo a été fêté comme une revanche sur l’Histoire, un renversement des rapports de domination, une révolution en marche.

En tout état de cause, rares sont les hommes d’actualité qui polarisent autant les opinions et autres appréciations à leurs égards. Néanmoins, plus craint que véritablement détesté par ses détracteurs, moins adulé que simplement respecté par ses partisans, ce personnage aussi charismatique qu’énigmatique éveille la curiosité de tous.

Comment ce petit paysan originaire de l’Altiplano a-t-il pu devenir l’un des personnages les plus éminents de l’actualité latino-américaine comme internationale ?

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mercredi, avril 15 2009

Informations altiplaniques

Très chers et assidus lecteurs de la bitácora, J´entends déjà les suppliques désespérés de certain d’entres-vous envers qui n´a pas donné de signe de vie depuis une quinzaine de jours.

Pas d´affolements néanmoins, si j´ai pris du retard sur l´actualisation de la bitácora c´est qu´il m´est difficile de sortir mon petit ordinateur portable dernier cri dans un pays comme La Bolivie, et pouvoir travailler sereinement n´importe oú, n´importe quand. Par ailleurs, j´ai des formalités á régler avec l´université, concernant mon avenir professionnel (choix de master).

Je publierai un nouvel article très prochainement.

Merci de votre compréhension.

dimanche, mars 29 2009

Essai d’œnologie politique…

                               Robe rouge révolutionnaire, arôme aigreur de crise, arrière goût de dérégulation étatique et de concentration oligopolistique, le vin de San Juan et Mendoza : un résumé de l’histoire économique et sociale argentine.

L’Argentine ne saurait se résumer à ses pas envoûtants de tango, sa viande savoureuse, l’amertume de son maté ou encore sa tradition « gauchesca ». Il semble ainsi que les clichés internationaux aient omis d’attacher aux Argentins ce qu’ils nous accordent, à nous, Français. Sans doute que les stéréotypes sont ainsi nécessairement intolérants, comme s’ils n’admettaient pas que ce qu’il se fait quelque part puisse aussi être de coutume ailleurs ? Peut-être aussi parce qu’en ce qui nous concerne, l’image colportée du bon ‘franchouillard’, baguette sous le bras et bouteille de vin dans l’autre main, nous représente décidément si bien ?

Quoi qu’il en soit, le savoir-vivre en matière gastronomique argentin s’accommode aussi bien que le notre d’une bonne petite bouteille de « rouge » ou de « vino tinto », comme on l’appelle dans la langue de Cervantes. Alors bien sûr, certains diront encore que les traditions se perdent et que les jeunes générations d’aujourd’hui préfèrent les « tragos » de bière Quilmes ou de « Fernet con Coca », au vin rouge et fortement tanisé de leurs parents. Pourtant, bien qu’au cours du temps, sa consommation ait considérablement baissée (passant de quelques 90 litres par an et par personne à la fin des années 70 à 30 de nos jours), il n’en reste pas moins que le vin demeure l’un des produits spécifiques de la bonne table argentine. On lui associe en outre des traditions festives très profondément enracinées dans la culture populaire. Lors des vendanges de la province de Mendoza (mi-mars), l’organisation de défilés haut en couleur ou encore de l’élection de « Miss vendimias » font partie des réjouissances nationales de la fin de l’été austral, et contribuent à forger la notoriété de cette région lovée au pied des Andes. Bonne humeur et savoir vivre ; pour peu, on se croirait dans notre cher Sud Ouest, au milieu des vignobles du Madiran, du Tursan ou du Saint Mont, les plages landaises en moins et l’altitude en plus. Ainsi, quelque part derrière les premiers « cerros » de cette Cordillère somptueuse se cache le majestueux Aconcagua et ses 6990 m, le plus haut sommet des Amériques, celui qui fait rêver, au même titre que les quatorze 8000 himalayens, tous les alpinistes de la planète. (« ‘andinistas’ como les dicen acá»)

La province de Mendoza est ainsi réputée pour sa production viticole, la plus importante de l’Amérique du Sud. De fait, la région est connue pour ses journées très ensoleillées et ses nuits particulièrement fraîches. Or, fruit de ces grandes amplitudes thermiques, le vin de Mendoza concentre sucres et arômes, ce qui lui confère un corps et des saveurs très appréciées. Néanmoins, il n’est pas le seul à jouir de ce climat avantageux. Ainsi, à 200 km au nord, se trouve la province de San Juan, célèbre elle-aussi pour être, au même titre que Mendoza, la région de l’implantation historique des vignobles en Argentine. Plus au Nord encore, dans le prolongement de la fameuse et bien nommée « route des vins », à quelques 400 km de la frontière bolivienne, le voyageur gourmet ou bon-vivant s’arrêtera à Cafayate, vignoble spécialisé notamment dans la production de vins blancs. Enfin, au Sud de Mendoza, à quelques 1500 kilomètres, en empruntant la fameuse route 40 qui longe les Andes argentines depuis les hautes vallées perchées de la frontière bolivienne jusqu’au pied salé de la Terre de Feu, on traverse la province de Neuquèn, renommée pour produire les vins de la terre australe ; qu’on appelle « los vinos patagónicos ».

Toutefois, marginale en terme économique pour la province « neuquenina », à peine plus significatif dans la région de Salta (département de Cafayate), la production viticole est en revanche primordiale pour les deux provinces voisines de l’ouest argentin. Le sang de la terre a toujours ainsi irrigué les cœurs économiques de ces deux régions rivales. Riches de leurs longues traditions vinicoles, les provinces de Mendoza et San Juan représentent aujourd’hui pas moins de 95 % de la production nationale.

Or, derrière la constitution de ces patrimoines viticoles exceptionnels, il y a des hommes et des femmes, des volontés politiques, et des capitaux conséquents. De l’immigration italienne de la fin du XIXe siècle aux investissements nord-américains et européens des années 2000, de l’industrie familiale au processus de concentration foncière accéléré dans la dernière décennie, de la commercialisation destinée au marché national à l’intégration aux circuits internationaux, les évolutions enregistrées dans la viticulture des provinces « mendozina » et « sanjuanina » peuvent être appréhendées comme une synthèse économique et sociale de l’histoire argentine. Face aux enjeux que l’économie de la vigne a pu représenter au cours du temps, l’Etat s’est montré sous des visages contradictoires. Selon l’évolution des conjonctures internes et externes, il sera tour à tour promoteur, régulateur, ou « dérégulateur ».

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Avaries Andines

Chers lectrices et chers lecteurs de la bitácora,

Suite à un problème informatique survenu sur le site de l’Observatoire Politique de l’Amérique Latine et des Caraïbes (www.opalc.org), la boussole que renferme la bitácora a semble-t-il perdu le Nord (voir : Pourquoi bitácora ? ). De fait, j’ai été plus surpris que vous encore de ne pouvoir accéder au blog, ces 3 derniers jours. Manifestement, tout est rentré dans l’ordre. Je tenais à m’excuser pour la gêne occasionnée et surtout à remercier Patricio, notre webmaster, qui a du faire ce qu’il fallait pour arranger ce léger désagrément.

Bonne lecture à toutes et à tous.

lundi, mars 23 2009

Paroles de Mapuche…

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Les mapuches ont toujours été un peuple profondément indépendant et orgueilleusement irréductible. Les « gens de la terre » (du terme « mapu » qui désigne la terre et de « che » qui signifie les gens) ont depuis le début de leur histoire -qui remonte à quelques cinq siècles avant notre ère-, toujours résisté aux agressions extérieures. Ni les incas ni même les colons espagnols n´auront eu raison de ce peuple d´agriculteurs et de valeureux combattants. Depuis toujours, le territoire mapuche s’étend au niveau de la région sud des Andes argentines et chiliennes, connue comme étant la région des lacs, ou l´Araucanie. Néanmoins, au XIXe siècle, la construction de l´Etat chilien nécessite le recours à la « pacification » de cette zone réputée indomptable. Comme dans le pays voisin, la conquête de ces espaces « vierges » se fait dans la violence. Car en vérité, c’est à travers elle que débute l’extermination du peuple Mapuche. Pourtant, à l’instar des déboires essuyés par les armées incas ou espagnoles, l’Etat émergent ne parviendra pas à s’imposer dans la région par la force. La farouche résistance indigène s’y opposera des années durant. Aussi, c’est par des moyens moins brutaux mais non moins pernicieux qu’il le fera. Dans la seconde moitié du XIX e siècle, le pouvoir politique encourage la colonisation de la région et étend sa domination en concédant à ses compatriotes les terres indûment spoliées à leurs propriétaires indigènes. Le droit est en effet mis au service de la politique. Les indiens doivent dorénavant justifier légalement qu’ils sont les propriétaires des terres que leur ont léguées leurs ancêtres. A travers cette esbroufe notariale et juridique, 95 % d’entre-elles leur sont usurpées. Les mapuches se retrouvent réduits à vivre dans des réserves concédées par les pouvoirs publics. Dès lors cependant, leur capacité d’adaptation et leur insoumission traditionnelle font à nouveau leurs preuves : un certain nombre d’entre eux s’engagent en politique pour faire valoir leurs droits. Durant tout le XXe siècle, les mapuches vont lutter aux côtés des secteurs les plus progressistes de la société chilienne et revendiquer ainsi leurs terres usurpées…

Parce que je tenais à en savoir plus sur la culture, les aspirations politiques et le sentiment d’appartenance de ces « gens de la terre » (dépossédés de leurs terres), Efrain Nahoelpan, ancien professeur d’école, dont le nom mapuche fait référence à « la force du tigre » m’a fait la gentillesse de répondre à mes questions. Lors de mon passage dans la région des Lacs, il m’invite chez lui à Villarrica, ville de villégiature située à 700 km au sud de Santiago. Témoignage…

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dimanche, mars 15 2009

Mystérieuse Chiloé…

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A un peu plus de 1000 km au sud de Santiago, comme arrachée au reste de la « mince et svelte patrie » de Pablo Neruda et jetée dans les eaux d’un océan qui n’a de Pacifique que le nom, il est une l’île bien singulière. Moins célèbre que Rapa Nui, (non officiel de celle qui fut découverte un certain jour de Pâques dans le Sud du Pacifique), moins touristique que l’archipel équatorien des Galapagos, moins polémique encore que les Falklands britanniques (« las ilsas Malvinas » revendiquées par les argentins), l’île de Chiloé n’en reste pas moins une terre entre ciel et mer qui invite à la découverte. Chez les quelques 150 000 habitants de ce territoire semblable à la Corse par la taille, à la Normandie par le climat, et à la Bretagne par son économie maritime et agricole, l’histoire, la culture et les traditions insulaires ont forgé un orgueilleux sentiment d’appartenance régional. Ici, on est « chilotes » avant d’être chiliens.

Découverte dans la première moitié du XVe siècle par les « conquistadores » espagnols, l’île de Chiloé n’est alors habitée que par des communautés indigènes huilliches. Très vite, les jésuites s’y établissent et fondent des missions afin d’inculquer la religion catholique à la population locale. Par ailleurs, alors qu’au lendemain de l’invasion de l’Espagne par les troupes napoléoniennes (1808), les vices royaumes d’Amérique du Sud renoncent petit à petit à leur soutien envers le monarque déchu, Ferdinand VII, et profitent de la décrépitude de l’empire pour proclamer les indépendances (années 1810), l’île de Chiloé s’évertue à rester loyaliste et devient ainsi l’un des tous derniers bastions du continent à se revendiquer de la monarchie espagnole.

Cette histoire tumultueuse est à l’image des traditions hautes en couleurs de ce peuple de paysans et de pêcheurs. Ici, on vit la vie comme elle vient et on prend la modernité comme elle arrive. Néanmoins, parce qu’on considère -peut-être plus qu’ailleurs- que les enseignements du passé sont susceptibles de donner de l’assurance aux incertitudes du futur, il est bon de toujours garder un œil par derrière ; à savoir : d’aller chercher dans la sagesse des ancêtres les repères essentiels, de perpétuer au possible les techniques de travail que d’aucuns jugeraient archaïques, de renouer incessamment avec les valeurs immuables, de colporter les bonnes vieilles recettes culinaires des grands-mères, et ainsi de rendre la jeunesse fière de son riche patrimoine. Réputés en l’occurrence pour leurs talents d’ébénistes et leur ferveur religieuse, les « chilotes » ont tout au long de leur histoire bâti pas moins de 200 églises et chapelles construites en bois ; dont 14 des plus admirables sont classées au Patrimoine mondial de l’Unesco. Les marques de cette dévotion populaire n’ont cependant pas eu raison des mythes et autres légendes païennes qui continuent d’effrayer les habitants de la région ou de nourrir leur imagination exubérante… Entre histoires vraies et superstitions insoupçonnées, je vous invite à la découverte des mystères de l’île de Chiloé...

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vendredi, mars 13 2009

Ordinateur globe trotteur

Très chers et assidus lecteurs de la bitácora,

Sachez que je viens de récupérer mon ordinateur portable, après qu’un méchant virus l’ait anéanti alors que j’étais au Brésil, il y a un mois et demi. Faut-il croire qu’il n’avait été que trop mal influencé par son propriétaire hypocondriaque, et qu’à la première grippe informatique, il a « clapsé » ?

Toujours est-il qu' il aura voyagé pendant ma pérégrination en Patagonie argentine et chilienne, de Sao Paolo à Paris, de Paris à Pau, de Pau à Maubourguet (impasse des…), de Maubourguet (impasse des…) à Tarbes (Méridien), de Tarbes (Méridien) à la banlieue parisienne (siège de l’entreprise), de la banlieue parisienne (siège de l’entreprise) à Tarbes (Méridien), de Tarbes (Méridien) à Maubourguet, de Maubourguet à Paris, de Paris à Santiago du Chili, de Santiago du Chili à Viña del Mar.

Selon mes petits calculs approximatifs, mon petit ordinateur ultra-portable aura parcouru quelques 22 300 km. Pour ce qui est du bilan carbone, je n’ose même pas y penser. Hackers, assassins de la planète que vous êtes !...

Un très grand merci à toutes celles et ceux qui m’ont permis d’établir ce lien circonstanciel entre le Brésil, la Bigorre, et le Chili, et qui ont participé à la réparation de cet Asus 3ee à la santé fragile.

Merci tout particulièrement à Dadou, à Alain, à mes parents, à Smilja, et à Don Carlos.

Enfin, l’expression de ma plus grande reconnaissance va à Mathias qui aura passé une nuit entière au chevet de mon petit ordinateur chéri, pour le reformater et tout réinstaller.

lundi, mars 9 2009

La Terre de Feu, la terre promise des paysans salteños

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Portrait et parcours d’un candidat à l’exode rural austral

Combien sont-ils chaque année ces damnés de la terre, à fuir une terre qui ne se montre plus nourricière ? Combien sont-ils chaque année ces déracinés volontaires, à quitter femmes, enfants, et « lindos pagos » de leurs ancêtres, pour s'installer dans cette région réputée inhospitalière ? Combien sont-ils chaque année ces petits paysans des contreforts boliviens, à venir exposer leurs corps de travailleurs dociles aux rayons ardents du soleil de Satan ? 10 ? 100 ? 1000 ? 10000 ? 100000 ?... Plus encore ? Aucune idée !… Il n'y a pas de statistique officielle. Travailleurs non déclarés, les paysans des provinces déshéritées du Nord-Est de l’Argentine se convertissent en fantômes statistiques! Pourtant, ici, ils ne sont pas du genre à effrayer grand monde. Au contraire, discrets, motivés, et disciplinés, ils sont aussi de ces petits mains qui font tourner l'économie « fueguina » ; laquelle en outre, ne serait se résumer qu’à la seule exploitation d’hydrocarbures ou au tourisme. Ainsi, on les retrouve essentiellement dans l’industrie du bâtiment ; où il n’est pas difficile de faire d’un paysan, travailleur nécessairement polyvalent, un maçon costaud, un habile plombier ou encore un agile charpentier. D’autant plus que, conscients que leurs conditions de vie seront toujours meilleures que celles de leur région d'origine, ils ne seront que peu enclins à venir se plaindre auprès de leurs employeurs douteux, s’ils ne bénéficient pas de la sécurité sociale ou autres assurances. Ouvriers "au noir", ils seront encore moins disposés à alerter les pouvoirs publics dans le cas d’une brutale « flexibilisation salariale», à propos de quelques renvois abusifs, ou encore, pour un certain nombre d’heures supplémentaires impayées. Aucun risque pour les employeurs les plus véreux: ce n’est pas avec eux que risque de se répéter le scénario de la « Patagonia rebelde » -dans les années 20, une révolte ouvrière dirigée par des anarchistes éclate dans la région de Rio Gallegos, au sud de la Patagonie. Elle est matée dans le sang par le gouvernement d’Yrigoyen, pourtant premier Président démocratiquement élu et célèbre pour ses réformes sociales. L’historien et journaliste de gauche, Osvaldo Bayer, a consacré à cette rébellion une quadrilogie de quelques 1500 pages, considérée aujourd’hui comme un monument de l’histoire sociale argentine. Alberto Aparicio n’a rien de « rebelde » ni dans les gestes, ni dans le regard, ni dans la voix. Pour tout avouer, après 5 jours de voyage, il est un peu fatigué et se réjouit de savoir qu’il est bientôt arrivé. En effet, le bout du monde n’est plus très loin… Quelques heures encore de trajet sur ces routes poussiéreuses... Juste suffisamment pour que cet homme discret, héros insoupçonné, me conte son Odyssée argentine…

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mardi, mars 3 2009

La Terre de Feu, la terre promise des paysans salteños

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Introduction

Au bout du monde, la Terre de Feu…

Le nom de ce territoire grand comme l´Irlande viendrait de la perspicacité d´un certain Charles Quint, roi d´Espagne dans la première moitié du XVIe siècle. En effet, après qu´on le lui ait conté le voyage autour du monde de Magellan, il choisit de rebaptiser de la sorte, cette région désormais célèbre pour être la plus australe de la planète. Car « il n´y a pas de fumée sans feu » dit-on, ou du moins disait-on déjà à l´époque. Or, Magellan, avait été surpris par les longues fumeroles qui s´élevaient, mystérieusement, au dessus de ces étendues arides. Il ne tardera pas pour comprendre qu´elles étaient la cause des communautés indigènes Yamana, premières populations humaines à avoir élu domicile sur cette terre inhospitalière. Elles seront exterminées quelques siècles plus tard, précisément entre la fin du XIXe et le début du XXe, lors de la colonisation de la région par les « estancieros » argentins et chiliens. Pour l´heure, l´illustre et intrépide navigateur portugais baptise le premier, cette terre de la fin du monde : « la tierra del humo », la terre de la fumée…

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jeudi, février 26 2009

Quand elles lèvent le ton...

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Perception, condition, et émancipation de la femme argentine au cours du XXe siècle

Soumises des années durant à la coupe machiste de la société argentine, discriminées jusque dans les résolutions émanant des pouvoirs publics, reléguées aux tâches les plus ingrates du quotidien paysan, les travailleuses rurales ont fini par prendre leur destin en main, et se sont rebellées contre la précarité de leur condition. Unies au sein de forces syndicales comme « la red de mujeres de la UATRE», ou d´associations comme « el Movimiento de Mujeres en Lucha », les femmes des campagnes ont plus que gagner leur émancipation sociale. Car, outre qu´elles se soient affranchies des considérations historiques aliénatrices dont elles étaient l´objet (sexe faible, ignorantes, mauvaises travailleuses mais bonnes cuisinières...), elles défendent aujourd´hui, avec acharnement, leurs droits politiques et juridiques, et revendiquent notamment l´égalité salariale. De plus, sortant de leur réserve naturelle, elles n´hésitent plus à se montrer critiques à l´égard de la marche économique et du destin politique du pays. Ainsi, elles dénoncent les contradictions d´une Argentine économiquement prospère mais socialement inégalitaire et, proposent des alternatives politiques.

Bref, les femmes rurales ont, de nos jours, renoncé aux litanies silencieuses auxquelles elles avaient été contraintes par le passé, et ont choisi de prendre la parole. S´affirmant sur les plans, aussi bien politiques, économiques, sociaux comme culturels, elles ont mis un terme à leur « invisibilité sociale », comme l´écrivait Judith Faberman dans son Historia de las mujeres en Argentina.

Cette reconnaissance a néanmoins été tardive. Il n´a pas s´agit d´une trajectoire historique rectiligne, mais à l´inverse, d´un parcours difficile... Une histoire de rébellion, comme l´Histoire en a enfanté d´autres, avec son lot de souffrances, de déboires, et de désillusions, mais aussi heureusement, d´honorables victoires, de satisfactions collectives et d´acquisitions sociales... Un combat pour la dignité de l´Homme... Pardon... de la Femme...

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jeudi, février 12 2009

Témoignage d´une femme engagée...

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Rencontre avec Ana Maria Riveiro, vice-présidente du « Movimiento de Mujeres en Lucha »

13 h 00. Dimanche 1er février. Rosario, Province de Santa Fé (400 km au Nord Est de Buenos Aires).

« Je t´ai fait une assiette de riz avec un œuf frit car je suppose que tu dois avoir faim après le voyage. Mais malheureusement, sache que je ne suis pas une bonne cuisinière » me lance Ana Maria Riveiro, après m´avoir invité à m´asseoir à la table de son salon -lequel ressemble plus d´ailleurs à un bureau de travail qu´à une salle à manger. « Vous me faîtes déjà l´honneur de me recevoir chez vous... Comment pourrais-je me plaindre. Je ne vous en demandais pas tant…Merci Beaucoup. » Ce sont les premiers mots que j´ai échangés avec Madame Ana María Riveiro. vice-présidente du « Movimiento de Mujeres en Lucha » .

Née à Juan José Paso, un village de la Pampa (Province de Buenos Aires), Ana Maria consacre son enfance et son adolescence aux travaux agricoles. De fait, toute sa jeunesse, elle donne un coup de main à ses parents paysans qui possèdent une « chacra », une petite exploitation agricole de quelques hectares. Cependant, en devenant institutrice, elle fait le choix de fuir la vie rurale. En vérité, elle y reviendra bien, tôt ou tard par une voie ou par une autre.... Pour l´heure, elle décide de s´installer et d´enseigner dans les quartiers périphériques et marginalisés de Rosario. Pendant plus de 20 ans, quotidiennement, elle est confrontée à la misère et à l’indigence. En l´occurrence, la grande paupérisation des gamins qu´elle côtoie la révolte et elle se bat à son échelle, pour remédier à leur situation précaire. Car comme elle le dit elle-même, elle est issue de la « generación del mayo 68 francés ». Coule dans ses veines un peu de sang révolutionnaire. D’ailleurs, ses aspirations la portent aussi à s’engager dans la dissidence pendant la dictature militaire (1976-1983). Ainsi, afin que le monde sache le drame qui se joue en Argentine, afin que la communauté internationale prenne conscience des violations des libertés fondamentales commises par la junte au pouvoir, Ana María et ses compagnons de lutte tentent de se mettre en contact avec les rares touristes croisés au hasard, pour les convaincre de dévoiler les listes des fameux “desaparecidos” dans leurs pays respectifs. Ecrites sur du papier toilette, elles pourront être avalées en cas de nécessité...

Dans les années 90, exaspérée par la politique néo-libérale du gouvernement, Ana María décide de reprendre les études pour se faire avocate: Elle veut défendre “ a la gente del pueblo”. Au début, l´inquiétude de son père ne cache pas une certaine réprobation : “ Tu ne vas pas quand même être l´un d´eux, ces types qui nous ont tous mis sur la paille, nous, les petits paysans, ”. Ce à quoi , elle répond: “Non Papa. Moi je serai du bon côté...” Respectée dans sa profession, Ana María Riveiro est surtout célèbre pour être la vice-présidente du Mouvement des Femmes en Lutte (Movimento de las Mujeres en Lucha). Il s´agit d´une association de femmes paysannes qui défend la dignité de leurs maris face aux "désappropriations", et revendique un nouveau modèle agricole pour le pays: un secteur primaire, pilier de l´économie argentine, socialement plus juste, et qui prévilègie l´intérêt national avant celui des exportateurs étrangers.

Autour d´un maté et pendant une après-midi entière, elle me fait la gentillesse de répondre à mes questions.

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mercredi, février 4 2009

''Urban based'' versus ''rural based'': quel modèle pour le Brésil ?

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Sur recommandations de Monsieur Olivier Dabène, Président de l’Observatoire Politique de l’Amérique Latine et des Caraïbes (www.opalc.org) et tuteur de mon projet, j’ai pu rencontrer Monsieur Reginaldo Moraes, l’un des spécialistes brésiliens des thématiques rurales. Dès lors qu’il a débuté dans la recherche en sciences sociales, Reginaldo C. Moraes, professeur de sciences politiques et de relations internationales, a choisi de se consacrer aux questions de développement. Au début des années 50, le Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) encourage les pays latino-américains à modifier leurs systèmes productivistes afin de gagner en indépendance vis-à-vis du « Premier Monde ». Le modèle d’industrialisation par substitution d’importation (ISI) est promu par tous les gouvernements de l’époque comme un gage de réussite et de modernité économique. D’aucuns prétendent qu’il s’agit de LA solution miraculeuse qui permettra de palier les retards de développement du sous continent américain. Les villes sont plébiscitées au détriment des campagnes. Or, à l’instar de Monsieur Reginaldo Moraes, de nombreux chercheurs ont depuis longtemps montré les limites de ce paradigme économique. Le marché interne étant insuffisamment important ou pas assez dynamique pour absorber l’offre globale, il ne tarde pas à se former des « goulets d’étranglements » ; lesquels finissent par enrayer les rouages d’un système économique (fin des années 60) que toutes les thèses industrialistes supposaient vertueux. Pour Réginaldo Moraes, les pouvoirs publics latino-américains ont fait l’erreur de négliger le développement rural. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de mécaniser les campagnes (comme ce fut le cas par exemple sous la dictature militaire brésilienne), mais de mettre en place un véritable projet d’investissement public de long terme, consacrant notamment la généralisation de l’accès à la santé et à l’éducation. Il se prononce ainsi en faveur d’un meilleur équilibre socio-économique entre les villes et le monde rural, et voudrait abattre les clivages qui les séparent. Sous peu, il va publier un livre sur les travaux qu’il a réalisés pour le compte du ministère du développement agraire (As cidades cercam os campos). Pour l’heure, il me fait la gentillesse de me recevoir chez lui, dans son appartement de Vila Madalena, l’un des quartiers résidentiels de São Paolo, ville tentaculaire de quelques 11 millions d’habitants. Rencontre et entretien…

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